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Rops et Rodin : ardents embrassements humains

 

Jusqu'au 8 janvier 2012

Fruit d’une collaboration avec le musée Rodin de Paris, l’exposition "Rops-Rodin : Les embrassements humains" retrace la rencontre entre les deux hommes et leurs troublantes affinités esthétiques.




Le Musée Félicien Rops de Namur souffle sur les braises des embrasements humains, ces étreintes magnifiques que l’on peut admirer chez deux créateurs de génie : Rops et Rodin, l’un graveur, l’autre sculpteur, partageant une sensibilité et un imaginaire communs. A partir de leur rencontre, qui eut probablement lieu en 1884, lequel des deux influençât le plus l’autre ? Lequel fut le plus précurseur ? Le plus provocateur ?

Evoquant l’ambiance de l’atelier de Rodin, l’exposition présente dessins, plâtres et documents permettant d’établir les affinités esthétiques des deux hommes. On découvre une vision moderne commune d’une "nouvelle Eve", qu’elle soit dessinée ou sculptée, qui révèle le corps féminin sans artifice ni pudeur.
Tous deux proches de la nature et partageant un intérêt sans limite pour la modernité et le corps des femmes, Rops et Rodin sont effectivement en communion d’esprit, bien que les techniques qu’ils utilisent induisent une visibilité et une reconnaissance différentes.

"Les Embrassements humains" décrivent une quête : la femme qui découvre son corps, le regarde sans pudeur. C'est un topo fin XIXe siècle nourri de darwinisme. Oser l'observation anatomique des organes. Rops coiffera Rodin sur ce point : dans "Nubilité avec Testons de Bochelle", le sein isolé du corps est présenté comme un objet sur plateau, pour le plaisir de l'homme.

Qui de nous deux inspire l’autre ?


Les deux hommes se sont rencontrés en 1884. Rodin s'est-il invité en premier dans l'atelier de gravure de Rops, à Paris ? Ou fut-ce l'inverse ? L'abondante correspondance qu'ils échangèrent dans les premiers temps est hélas non datée. "Rodin que je ne connaissais pas et qui ne me connaissait pas est venu un beau soir, me prier de lui montrer toute mon oeuvre, ce que je fis gracieusement. Il me couvrit de laudations excessives et s’en fut. Le lendemain, Mirbeau me répéta ses éloges et me dit : "Ces embrassements fantastiques, ce mélange de nature et de rêve ont tellement frappé Rodin, qu’il m’a dit qu’il n’avait plus peur, et que lui aussi allait en faire des embrassements humains !" et il en fit !", raconte Rops en 1896.

De cette rencontre, il existe une deuxième version écrite par Emile Bergerat, chroniqueur parisien. Il y relate que Rodin aurait invité Rops à découvrir une œuvre en chantier dans son atelier : "La Porte de l’enfer". Rops, ému, se serait alors détourné pour verser deux larmes car, "son idéal du Beau était là, sous ses yeux, réalisé sur terre, en France".

La modernité par une nouvelle vision du corps : le diable au corps


Cette sensibilité partagée poussât les deux artistes à se côtoyer même si les deux hommes évoluent dans des carrières diamétralement opposées : l’un sculpte, l’autre dessine et grave ; l’un se mesure physiquement à la matière, avec les prouesses physiques que cela suppose, dans un atelier où se succèdent ouvriers et modèles, l’autre crée seul avec sa pointe sèche, sa plaque de cuivre, ses crayons et la presse, choisissant ses modèles un à un ; l’un entre dans l’espace public avec des sculptures commandées par l’Etat, l’autre crée des illustrations pour des livres, des dessins scandaleux pour des amateurs choisis et néglige volontairement de contribuer à des expositions.

L'émulation, l'admiration du sculpteur pour le graveur qui "soulève sans vergogne le drap de lit qui cachait les héroïsmes des accouplements humains et les perversités modernes de la Chair" fut sans faille jusqu'en 1888. "Le sculpteur Rodin en seconde main, écrit Félicien Rops un an plus tard, et m'imitant de façon flagrante sculpte mes accouplements et cela passe maintenant sans protestations... J'avais fait la trouée dans l'hypocrisie de notre temps, voilà tout", écrivit Rops.

Avec cette exposition, on découvre comment "Le cœur sur la main" de Rops annonce le dessin de Rodin la "Femme nue allongée de face un pied posé sur le genou" ; "L'Amante du Christ" de Rops faisant face au "Christ et la Madeleine", un plâtre bien postérieur de Rodin... Les exemples sont multiples dans cette expo conjuguant la quintessence des trésors des musées Rops à Namur et Rodin de Paris.


Infos :

Musée Félicien Rops
12 rue Fumal
5000 Namur
T.081/ 77 67 55
F. 081/ 77 69 25
www.museerops.be

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18 heures
Fermé les 24, 25, 31 décembre et 1er janvier
Tarifs : 3 € (plein tarif), 1,50 € (réduit), gratuit pour les moins de 12 ans
Catalogue édité chez Hazan : 30 €

Activités annexes : conférence, concert, Apé’Rops
Réservation obligatoire au 00 32 81/77 67 55

 

Crédits-photos : Auguste Rodin, "Porte de l’Enfer", angle supérieur droit, Métamorphose d’Ovide, ca.1889 © musée Rodin, Paris/ Christian Baraja ; Félicien Rops, "Hommage à Pan", 1886 © Paris, coll. Michel Périnet ; Auguste Rodin, "Succube", 1888 © musée Rodin, Paris/ Christian Baraja.